Cet animal qui tue sa femelle

Il y a chez l’espèce humaine des zones très sombres qui me font peur. Des recoins lugubres qui amènent une certaine sagesse populaire à dire que notre côté animal nous joue parfois de mauvais tours. 

 Une affirmation que je trouve des plus insultantes et réductrices pour les animaux, car dans le grand groupe des mammifères dont nous faisons partie, les espèces qui s’en prennent mortellement à leurs femelles sont extrêmement rares, voire inexistantes.

Au contraire, le problème du mâle Sapiens est un pilier central de son humanité. Je parle ici de ce monstre insatiable, capricieux et parfois terrifiant qui s’appelle l’ego. Les chimpanzés ont beau être parmi nos plus proches parents, un mâle n’y massacre pas une femelle parce qu’elle cherche la compagnie d’un autre mâle. On peut même dire sans se tromper que sur ce plan, les singes semblent bien plus évolués que les humains.

Lorsque ce monstre s’invite dans le couple, il cohabite souvent avec la jalousie et la possessivité maladives qui amènent certains monstres d’ego à commettre l’irréparable. Chez ces très méchants, « je t’aime parce que tu flattes mon ego » est intiment couplé à « tu as blessé mon ego donc je vais de tuer ». Et pourquoi ne pas tuer les enfants pour te faire souffrir à vie ou programmer simplement la fin de toute la famille ?

Pendant que tout le monde s’offusque de l’arrêt du processus judiciaire et de la libération de Sivaloganathan Thanabalasingham qui a égorgé sa femme, depuis quelques semaines, il y a eu le meurtre de Daphné Huard-Boudreault, celui de trois femmes à Trois-Rivières et plus récemment d’une mère et de sa fille dans les Laurentides.

C’est dramatique et extrêmement désolant de constater qu’en 2017, la violence faite aux femmes est encore aussi répandue dans nos sociétés qui se disent pourtant de droit.

L’ego, la possessivité et la jalousie ont poussé les hommes à cacher les femmes, à les violenter, à leur mettre des ceintures de chasteté, à les lapider et à vouloir les posséder encore aujourd’hui comme on possède un animal domestique. Plus les femmes sont libres et ont des structures qui les protègent du jugement populaire, plus elles refusent ce contrôle absolu et plus certains hommes incapables de vivre avec cette normalité se radicalisent.

Je crois de plus en plus que le nombre de divorces est un indicateur des plus fiables du niveau d’égalité entre les sexes dans une société. Dans la grande majorité des nombreux cas de séparation au Québec, c’est la femme qui demande le divorce.

Quand l’homme détraque et s’en prend physiquement à elle, c’est presque toujours parce qu’il y a un autre mâle visible ou soupçonné dans la vie de la femme.

Même si je ne t’aime plus, diront ces monstres d’ego, il est hors de question qu’un autre homme te possède. Et après chaque drame crapuleux du genre, on entendra parler dans les médias de crime passionnel alors qu’on devrait parler de meurtre sordide. Quand on est capable de tuer la mère de ses enfants, c’est parce qu’on n’a pas de place dans son cœur pour l’amour et encore moins pour une véritable passion.

Si dans certaines sociétés on se marie pour la vie, c’est parce que le divorce n’y est pas une option et le jugement populaire catapulte celle qui quitte son homme de l’autre côté des murailles de la cité. Devant la perspective de vivre une grave anxiété d’exclusion, rares sont celles qui osent s’aventurer sur le terrain de la séparation à moins d’être répudiées par le mari.

En chacun de nous, dit le vieux Cherokee à son petit-fils, il y a un combat intérieur entre deux loups qui se poursuit jusqu’à notre mort. Le premier loup est ténébreux et porte la colère, l’envie, l’ego, l’avidité, le mensonge et bien d’autres vices humains. Le deuxième loup bien plus lumineux porte la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’empathie, la compassion et la générosité. « Lequel des loups gagne le combat ? », demande alors le garçon à son grand-père. Le vieil homme esquisse alors un sourire avant de lui répondre : « C’est celui que tu nourris. »

Moi, je rajouterai que la famille, la société et l’école peuvent aider à nourrir le bon loup chez nos garçons pour leur enseigner le respect et en faire des alliés des femmes.

Texte de Boucar Diouf

Paru sur La Presse 

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