Les choix des femmes n’expliquent pas tout

L’IRIS soutient que la discrimination systémique persiste dans le monde du travail

Il est faux de prétendre que l’écart salarial qui persiste au Québec entre les hommes et les femmes s’explique simplement par le fait que les travailleuses privilégient des emplois à temps partiel ou des secteurs moins payants, soutient une étude qui sera dévoilée ce jeudi par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

La note socio-économique dont Le Devoir a obtenu copie remet en cause la thèse voulant que les femmes gagnent moins d’argent que les hommes parce qu’elles font des choix différents. Il s’agit notamment d’un point de vue défendu par l’auteur américain Warren Farrel dans son livre Why Men Earn More (« Pourquoi les hommes gagnent plus »).

La chercheuse Marie-Pier Roberge en arrive plutôt à la conclusion que le double rôle des femmes — celui de travailleuse et de mère — les « oblige » à accepter des emplois permettant une plus grande flexibilité.

« Les femmes ne gagnent pas moins parce qu’elles font des choix différents, mais plutôt parce qu’elles subissent des pressions systémiques auxquelles échappent la plupart des hommes », écrit l’auteure de la note.

« Dans sa recherche de flexibilité, la femme devra souvent trouver des emplois dont l’horaire est plus souple et, par le fait même, dont le salaire est moins élevé », précise Mme Roberge en entrevue.

Écart persistant

L’IRIS souligne d’entrée de jeu que l’écart salarial entre les hommes et les femmes s’est réduit depuis l’adoption de la Loi sur l’équité salariale, en 1996, mais qu’il reste du travail à faire.

Selon les données de l’Annuaire québécois des statistiques du travail publié en mars dernier par l’Institut de la statistique du Québec, un homme gagnait 25,67 $ en moyenne en 2016 comparativement à 22,74 $ pour une femme. Les femmes touchaient donc 88,6 % de la rémunération des hommes, un taux en hausse de deux points de pourcentage depuis dix ans.

Il est vrai que l’écart salarial est notamment dû au fait que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à occuper un emploi à temps partiel, souligne la note de recherche. « Néanmoins, cette proportion plus grande dans le travail à temps partiel s’explique par leurs responsabilités hors marché du travail », écrit-on.

Lorsqu’on demande aux employés de détailler les raisons justifiant leur travail à temps partiel, les femmes sont en effet beaucoup plus nombreuses que les hommes à invoquer le besoin de prendre soin des enfants ou d’autres obligations personnelles ou familiales, fait remarquer l’IRIS.

"La femme devra souvent trouver des emplois dont l'horaire est plus souple et, par le fait même, dont le salaire est moins élevé"  -Marie-Pier Roberge, chercheuse à l'IRIS

Même emploi, salaire différent

Le principal problème, insiste la chercheuse Marie-Pier Roberge, c’est que l’écart salarial demeure même lorsque des hommes et des femmes ayant un niveau d’éducation comparable occupent un emploi semblable, dans le même secteur.

« Si l’écart salarial s’explique par les choix, il devrait rétrécir de beaucoup lorsque les choix sont les mêmes. Mais ce n’est pas le cas », affirme-t-elle.

Elle s’appuie sur une étude réalisée en 2016 par l’organisme Concertation montréalaise femmes et emplois majoritairement masculins, qui révèle que les femmes gagnent moins que les hommes dans plusieurs domaines considérés comme « payants », comme le droit et les sciences de la santé, même si elles forment désormais la majorité des diplômés du baccalauréat dans ces disciplines.

Double désavantage

« Les femmes sont doublement désavantagées, résume Mme Roberge. Elles sont moins bien payées lorsqu’elles empruntent des trajectoires similaires à celles des hommes et elles font la majorité du travail non rémunéré, ce qui constitue une barrière pour poursuivre la même trajectoire que les hommes. »

La chercheuse de l’IRIS admet qu’il est difficile de montrer du doigt un responsable. Elle croit que la réduction de l’écart salarial passe par un changement de mentalités, autant dans les milieux de travail qu’à la maison. La bonne nouvelle, précise-t-elle, c’est que les choses devraient changer à mesure que les hommes assumeront une plus grande part du travail domestique.

« Si les rôles deviennent plus équilibrés, nécessairement, on peut s’attendre à ce que l’écart salarial se réduise aussi », dit-elle.

Paru sur Le Devoir

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

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