Chronique d’une mort annoncée… Quels choix de société ?

Encore un féminicide. Encore un homicide qui montre l’impunité des agresseurs. Encore un meurtre qui démontre la difficulté d’évaluer les risques de dangerosité, la dynamique de la violence conjugale et de la violence envers les femmes.

Preuve s’il en fallait davantage de l’importance de la formation continue des intervenants socio-judiciaires. Plus encore, il est impératif de comprendre les ressorts et les leviers des nombreuses formes de violence envers les femmes, et ce, pour l’ensemble des acteurs.  

Pourtant, les spécialistes internationaux, notamment Dobash et Dobash, sont unanimes depuis plusieurs décennies déjà. Le facteur de risque d’homicide le plus déterminant est la présence de violence dans les relations antérieures. Ce risque est évidemment décuplé lorsqu’il y a déjà eu meurtre conjugal.

La Commission avait prolongé la semi-liberté d’Eustachio Gallese pour une période de six mois « puisqu’elle (était) d’avis qu’une récidive avant l’expiration légale de votre peine ne présentera pas un risque inacceptable pour la société et que cette libération contribuera à la protection de celle-ci en favorisant votre réinsertion sociale en tant que citoyen respectueux des lois »[1].

Rappelons qu’en 2006, Eustachio Gallese a été reconnu coupable du meurtre de sa conjointe survenu dans une résidence de Sainte-Foy en 2004. Un meurtre que le juge a qualifié comme étant d'une rage et d'une violence aussi incroyables qu’incompréhensibles[2].

Des documents de cour rapportent également que, depuis 1998, il a été condamné à quatre reprises pour présence illégale dans une maison d’habitation, méfait sur des biens privés, conduite en état d’ébriété et voies de fait sur la mère de ses enfants[3].

La FMHF questionne l’évaluation de la dangerosité qui a été faite auprès de Monsieur par ses différents intervenants. Depuis des années, notre organisation demande à être partie prenante de la formation des intervenants de l’ensemble des systèmes (socio-judiciaire, santé et services sociaux, immigration, etc.), et ce, afin de mettre son expertise de plus de 30 ans au service de la protection des femmes et des enfants.

Plus largement, il apparait plus qu’évident que c’est l’ensemble des acteurs, notamment socio judiciaires, qui doivent être sensibilisés et formés. Ils doivent être en mesure de dépister les risques avec toutes les subtilités que commandent ces situations.

Cet homicide, qui n’est pas commis dans un contexte conjugal, demeure un féminicide en bonne et due forme. Vouloir dominer, c’est vouloir détruire. Cette femme est morte parce qu’elle était une femme, aux mains d’un homme en soif de pouvoir et de contrôle.

Rappelons qu’une femme meurt tous les deux jours et demi au Canada sous les coups d’hommes qui font partie de leur vie. Au Québec, ce sont en moyenne 12 femmes par année. Si la Sécurité publique fait état d’environ 30 tentative de meurtre chaque année, les 36 maisons de la FMHF rapportent avoir soutenu plus de 200 femmes, seulement en 2018-2019, qui avaient subi des tentatives de meurtre.

Au cours des derniers mois, nous avons vu plusieurs homicides de femmes et d’enfants en contexte conjugal. A chaque fois, force est de constater le manque d’analyse des risques de la part des différents acteurs. Il faut aussi axer nos propositions sur la protection des victimes et se donner les moyens de répondre à la hauteur des besoins. La situation des maisons d’hébergement est plus que critique : on ne peut répondre adéquatement aux besoins des victimes dans l’état de financement actuel.

Le droit des agresseurs, ou le droit des victimes ? Quels choix de société ? La FMHF rappelle qu’elle dispose d’une expertise de plus de 30 ans qu’elle souhaite mettre au service de la formation des intervenants en matière de violence envers les femmes.

Les maisons de la FMHF accueillent chaque année 3000 femmes et leurs 1500 enfants victimes de violences conjugale et familiale, d’agressions et d’exploitation sexuelles, de traite, de violences basées sur l’honneur, de grossesses forcées, de mariages forcés, de mutilations génitales féminines, d’avortement forcés, etc. Ces femmes doivent composer, comme conséquences de ces violences, avec des problématiques de santé mentale, de consommation et d’itinérance. Les seules maisons de la FMHF ont refusé 15 000 demandes d’hébergement en 2018-2019 faute de place disponible au moment de l’appel.

-30-

Source et info

Marie-Hélène Senay / 438 929 2201 / mhsenay@fede.qc.ca

[1] https://www.ledroit.com/actualites/le-fil-groupe-capitales-medias/meurtr...

[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1486767/jeune-femme-victime-dun-meurtre-dans-un-hotel-de-sainte-foy?fbclid=IwAR2jwIS-032pz-tYaaoO3PWJ0oQ4uoyufAHesq2X1fEv43aOGBJI1kluz9E

[3] https://www.ledevoir.com/societe/571478/femme-tuee-a-sainte-foy-l-accuse-est-un-recidiviste

Partagez partager