La cyberintimidation, nouveau fléau chez les jeunes Québécois

Les filles et les homosexuels sont les plus grandes victimes de la cyberintimidation, révèle une étude présentée dans le cadre du Congrès de l’Acfas, qui a lieu cette semaine à l’Université McGill.

Cette étude a été menée auprès de 6540 élèves, dont 56 % de filles, de 3e, 4e et 5e secondaire provenant de 34 écoles secondaires de diverses régions du Québec.

 Aujourd’hui, plus de 95 % des jeunes Québécois ont accès à un ordinateur, une tablette, un téléphone intelligent ou une console de jeux connectés à Internet, et plus de 80 % d’entre eux utilisent activement les réseaux sociaux, a précisé d’entrée de jeu Jude Mary Cénat, stagiaire postdoctoral à l’UQAM. Pas surprenant donc qu’« Internet et les réseaux sociaux soient devenus un puissant moyen d’intimidation entre jeunes », a-t-il souligné.

 Parmi les multiples réseaux sociaux fréquentés par les jeunes, tels que Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, Vine, Yik Yak, Secret et Whisper, c’est surtout Ask.fm qui a la cote, car il offre la possibilité de publier des messages agressifs et diffamatoires de manière anonyme.

 La cyberintimidation se manifeste souvent sous forme de messages menaçants qui révèlent des informations personnelles sur la victime, voire des photos d’elle dans une situation très intime, a indiqué M. Cénat, qui a constaté que « les jeunes partagent couramment leur mot de passe entre amis ». « Il est courant que le partenaire d’une jeune fille fasse du chantage et réclame une photo d’elle nue comme preuve d’amour. Et quand la relation est terminée, il diffuse cette photo pour se venger », donne-t-il en exemple.

 Facteurs de risque

 Les filles (26 %) sont plus souvent victimes de cyberintimidation que les garçons (18 %). Les jeunes des minorités sexuelles, notamment les homosexuels (29 % chez les lesbiennes et 27 % chez les gais) et les bisexuels (36 % chez les filles et 24 % chez les garçons), sont davantage visés par cette forme d’intimidation que les hétérosexuels (25 % chez les filles et 17 % chez les garçons). M. Cénar a également remarqué que les jeunes qui avaient été victimes de sévices sexuels durant l’enfance étaient aussi plus à risque de subir de la cyberintimidation.

 Conséquences

 Les conséquences de la cyberintimidation peuvent être dramatiques sur la santé mentale des victimes, qui sont nombreuses à avoir des idées suicidaires et à consommer de l’alcool et de la drogue. Dans son étude, M. Cénat a découvert que 43 % des garçons et 34 % des filles qui étaient homosexuels, ainsi que 39 % des filles et 32 % des garçons qui se disaient bisexuels, et qui avaient été la cible de cyberintimidation avaient tenté de se suicider, alors qu’ils étaient nettement moins nombreux parmi les hétérosexuels (18 % chez les filles et 9 % chez les garçons).

 M. Cénat a par ailleurs observé que les jeunes qui pouvaient compter sur le soutien de leur mère échappaient plus que les autres à cette forme de violence et souffraient moins de problèmes de santé mentale quand ils en subissaient.

 Solutions

 Étant donné que la plupart des victimes de cyberintimidation n’osent rien révéler à leurs parents, le chercheur croit qu’il faut dans un premier temps tenter de rejoindre ces jeunes de façon anonyme par l’entremise d’Internet ou du téléphone cellulaire. « On peut approcher les jeunes sur un site de clavardage, par exemple, et graduellement les inciter à discuter de ce qu’ils ont vécu. Puis, une fois qu’ils seront en confiance et qu’on sera arrivé à leur parler au téléphone, on pourra les diriger vers des structures spécialisées », dit-il.

 M. Cénat propose aussi le recours à des programmes de prévention, comme Bystander, qui vise à entraîner de jeunes témoins du même âge que la victime en prévention ou en intervention. « Ces jeunes vont soit s’appliquer à décourager ceux qui veulent perpétrer de la cyberintimidation, soit soutenir ceux qui en ont été victimes en les aidant à trouver les ressources nécessaires. De tels programmes sont utilisés aux États-Unis et au Canada anglais et donnent de très bons résultats. » Or, il n’y en a pas encore au Québec.

 Outre les parents et les intervenants en milieu scolaire, les policiers aussi doivent être sensibilisés et formés pour traiter les plaintes des jeunes victimes, car « plusieurs jeunes ont affirmé être allés à la police, mais ont dit que celle-ci leur a répondu qu’elle ne pouvait rien faire et les a critiqués, voire leur a fait la morale, reprochant aux jeunes filles, par exemple, d’avoir mis des photos d’elles nues sur Internet. »

Paru sur Le Devoir

crédits photo: istock

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