Élections fédérales 2015 : une occasion de s’attaquer aux causes systémiques de la violence faite aux femmes et aux filles

Le nouveau gouvernement libéral doit maintenant tenir ses promesses : développer un Plan d’action national sur la violence faite aux femmes et aux filles ; augmenter le financement des maisons d’hébergement pour femmes ; lancer une enquête nationale sur les disparitions et les meurtres de femmes autochtones.

Occasion bienvenue de s’attaquer aux causes systémiques de la violence faite aux femmes et aux filles (communiqué du RCMHF)

Le Réseau canadien des maisons d’hébergement pour femmes accueille avec enthousiasme l’engagement du gouvernement libéral nouvellement élu d’augmenter le financement des maisons d’hébergement pour femmes dans le cadre de ses investissements dans les infrastructures sociales. Le rétablissement rapide du Programme d'amélioration des maisons d'hébergement serait un bon début. Notre sondage annuel sur les maisons d’hébergement signalait qu’en une seule journée du printemps 2015, 302 femmes et 221 enfants ont été refusés dans des maisons d’hébergement au Canada par manque de places.

Nous accueillons également avec plaisir la reconnaissance du fait que l’élimination de la violence faite aux femmes va exiger un changement systémique. L’engagement envers une enquête nationale sur les disparitions et les meurtres de femmes autochtones ainsi qu’envers le développement et la mise en œuvre d’une stratégie fédérale d’envergure et d’un plan d’action national pour lutter contre la violence fondée sur le sexe sont des étapes importantes dans cette direction.

«Le leadership au palier fédéral est essentiel si nous voulons que les femmes dans toutes les régions du pays aient accès à des niveaux comparables de services et de protection», déclare Lise Martin, directrice générale du Réseau canadien des maisons d’hébergement pour femmes. Ce leadership implique nécessairement une collaboration avec les provinces et le renforcement des politiques sociales qui ont un effet sur la vulnérabilité des femmes à la violence. Il implique également de se doter de mécanismes fiables de récolte des données et de s’engager envers des objectifs et des délais mesurables, assortis des ressources nécessaires à leur réalisation.

Le Réseau est impatient de travailler avec le nouveau gouvernement libéral quant à sa promesse de développer un Plan d’action national sur la violence faite aux femmes et aux filles. «Le Plan d’action national du Canada devra être élaboré en consultation avec toutes les parties intéressées, y compris les travailleuses de première ligne et les survivantes, et disposer d’un leadership de haut niveau et d’un cadre de reddition de comptes à tous les paliers de gouvernement», ajoute Lise Martin.

À titre d’organisation nationale travaillant avec des maisons d’hébergement pour femmes de tout le pays, le Réseau a dirigé un processus collaboratif visant à développer un Modèle de Plan d’action national sur la violence faite aux femmes et aux filles. Conçu par des organisations travaillant directement sur cet enjeu, le Modèle fournit au Canada une feuille de route pour développer son Plan. Le Modèle aborde tout le continuum de la violence faite aux femmes, de la cyberviolence à la violence sexuelle et à la violence conjugale.

Télécharger le communiqué du Réseau canadien des maisons d’hébergement pour femmes

Donner suite aux engagements pour les droits des femmes

Il est à noter que plus de la moitié des subventions de Condition féminine Canada de l'année dernière a été attribuée à des organisations d’hommes, soit la campagne du Ruban Blanc (White Ribbon Campaign), qui, en partenariat avec l’équipe de football de Toronto «les Argonautes», propose une initiative de prévention de la violence envers les femmes dans les écoles secondaires de la grande région de Toronto. En 2013-2014, cette campagne a reçu presque 1 million de dollars de la part de Condition féminine Canada. Ainsi, ce projet a bénéficié de trois fois plus d’argent que le nouveau Réseau canadien des maisons d’hébergement pour femmes, qui «fait progresser la coordination et la mise en place de services de haute qualité pour les femmes et les enfants fréquentant les maisons d’hébergement au Canada, au moyen de collaborations, d’échanges de connaissances et d’adoption de pratiques innovantes », selon Condition féminine Canada.

Alors que le dernier débat sur les droits des femmes lors d’une campagne électorale fédérale date de 1984, le refus des partis de participer à la discussion ne permettra pas d’en tenir un nouveau en 2015. Cependant, la campagne Place au débat a conclu une entente avec le Nouveau Parti démocratique, le Parti Vert, le Parti libéral du Canada et le Bloc Québécois pour que leur chef respectif accorde une entrevue individuelle où les questions portent exclusivement sur les droits des femmes. 

Dans les entrevues individuelles diffusées lundi 21 septembre au théâtre Isabel Bader, à Toronto, et sur les sites Web du Devoir et du Toronto Star, les chefs du Nouveau Parti démocratique, du Parti libéral du Canada, du Parti vert et du Bloc québécois s’entendent sur l’importance d’établir une stratégie nationale pour lutter contre la violence faite aux femmes, de lancer une enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, de lutter contre les inégalités et de rendre plus accessibles les services de garde.

Voir les vidéos des entrevues sur le site du Devoir et lire l'article du Devoir sur le sujet

Article du Huffington Post Québec : Femmes autochtones disparues et assassinées : l'enjeu a été étudié « à mort », dit Stephen Harper

Le Canada ne dispose toujours pas de stratégie nationale concertée pour lutter contre la violence faite aux femmes

CBC news, en vertu de la loi d’accès à l’information, a mis la main sur un rapport interne de Condition féminine Canada marqué “secret”. Ce rapport a été déposé en 2015 et met clairement en lumière les reculs et lacunes du Canada en matière de lutte contre les violences envers les femmes et de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Parmi les lacunes identifiées, le rapport souligne que le Canada n’a pas de plan d’action ou de stratégie nationale pour lutter contre les violences envers les femmes, contrairement à d’autres pays comparables comme le Royaume-Uni ou l’Australie :

« "Canada has no comprehensive national strategy to address violence against women, lagging behind several comparable countries, including the U.K., Ireland, Australia and New Zealand," says the draft document marked "secret." »

 Un argument de plus pour interpeller nos politiciens en campagne électorale par rapport à l’importance de se doter d’un tel plan d’action!

 Pour lire l’article paru sur le site de CBC News

Un modèle de Plan d’action national signé par plus d'une centaine d'organismes à travers le Canada

L’année dernière, les Nations Unies ont demandé à tous les pays d’élaborer un Plan d’action national (PAN) sur la violence faite aux femmes (VFF) avant 2015. Les Plans d’action nationaux fournissent un cadre pour consolider les systèmes qui préviennent et répondent à la VFF. Ils établissent des normes nationales et favorisent la collaboration entre les différents paliers de gouvernement, la société civile, les survivantes et les fournisseurs de services.

Le Canada ne dispose actuellement d’aucun plan ni d’aucune stratégie coordonnée pour contrer la violence faite aux femmes. En l’absence d’un Plan d’action national, les réponses sont largement fragmentées et les services souvent inaccessibles. En 2014, le Réseau canadien des maisons d’hébergements pour femmes a initié un processus collaboratif don le résultat est un modèle de Plan d’action national en matière de violence faite aux femmes et aux filles.

Développé par plus de 20 organisations travaillant dans le secteur de la violence faite aux femmes, ce modèle souligne les éléments qui devraient être inclus dans un PAN du Canada et donne des indications sur les processus de développement et de mise en œuvre. Durant la période menant à l’élection fédérale de 2015, nous allons demander à tous les partis fédéraux de s’engager à créer un Plan d’action national sur la violence faite aux femmes et aux filles en commençant avec ce modèle. 

Quelques données concernant la VFF présentes dans le modèle

Au Canada:

  • Chaque soir de l’année, 4 600 femmes et leurs 3 600 enfants sont forcés de dormir dans des maisons d’hébergement pour échapper à la violence. Chaque jour de l’année, 379 femmes et leurs 215 enfants sont refusés dans des maisons d’hébergement au Canada, habituellement parce que les maisons étaient occupées à 100%.
  • En 2011-12, 760 programmes de services aux victimes ont aidé près de 460 000 victimes de crimes. Parmi toutes les femmes ayant reçu de l’aide, 84% étaient des victimes d’un crime violent; 30% étaient des femmes recevant des services liés à une agression sexuelle et 61% étaient des victimes de crimes violents perpétrés par un conjoint, un ex-conjoint, un partenaire intime ou un autre membre de la famille.
  • 1 181 femmes autochtones sont disparues ou ont été assassinées entre 1980 et 2012.
  • En 2008, plus de 11 000 agressions sexuelles de filles de moins de 18 ans ont été signalées à la police au Canada. Considérant qu’environ 10% des agressions sont signalées, le véritable nombre d’agressions est en fait beaucoup plus élevé.
  • Le coût total de la violence par un partenaire intime est évalué à 7,4 milliards par année au Canada.

Organismes signataires du PAN le 10 septembre 2015

Nouvelle sur le site du Réseau canadien des maisons d’hébergement pour femmes

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