Étude de l'OIT / Profits et pauvreté : la dimension économique du travail forcé

Ce rapport examine à la fois l’offre et la demande relatives au travail forcé. Il est basé sur des données primaires et fournit, pour la première fois, une preuve solide de la corrélation entre travail forcé et pauvreté. Le rapport présente aussi la nouvelle estimation réalisée par le BIT sur les profits générés par le recours au travail forcé dans divers secteurs économiques, ainsi qu’à l’exploitation sexuelle.

Afin de déterminer les profits générés, il était tout d’abord nécessaire de réaliser une nouvelle estimation de l’ampleur du travail forcé. En 2012, le BIT a publié une nouvelle estimation selon laquelle près de 21 millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont en travail forcé. La vaste majorité, soit 90 pour cent, est exploitée dans l’économie privée. Le chiffre de 2012 est significativement plus haut que l’estimation précédente du BIT, ce qui s’explique par de meilleures données et l’amélioration de la méthodologie. La nouvelle estimation a confirmé que l’importance du travail forcé imposé par l’Etat est en déclin, les développements politiques récents ayant notamment contribué à cette tendance. Dans certains pays, le travail forcé imposé par les autorités étatiques reste une préoccupation majeure, et une attention continue est nécessaire afin de protéger les travailleurs contre ces pratiques étatiques d’exploitation et de répression.

Toutefois, l’accent est maintenant mis sur la question du travail forcé et de la traite des personnes dans l’économie privée, souvent en relation avec le crime organisé. Dans l’étude de 2012, on estime que 22 pour cent des personnes en travail forcé sont victimes d’exploitation sexuelle et 68 pour cent sont victimes de travail forcé dans des activités économiques telles que l’agriculture, la construction, le travail domestique ou le secteur manufacturier. La région Asie-Pacifique comprend le plus grand nombre de travailleurs forcés – près de 12 millions (soit 56 pour cent du nombre total) – tandis que les pays d’Europe centrale et du Sud-Est (non membres de l’Union européenne) et la Communauté des Etats indépendants (CEI) a la prévalence la plus élevée avec 4,2 victimes pour 1 000 habitants.

Le genre comme facteur aggravant : de l'importance de l'ADS

L'étude affirme que le genre, tout particulièrement dans certaines activités économiques, est un facteur important déterminant la probabilité d’être en situation de travail forcé. Selon l’estimation globale du BIT, environ 55 % des victimes sont des femmes et des filles. Dans  l’exploitation sexuelle et le travail domestique, la grande majorité des victimes sont des femmes et des filles.

Cependant, dans d’autres secteurs d’activité économique, les hommes et garçons ont tendance à être surreprésentés. Selon les données des enquêtes nationales, les hommes et les garçons sont légèrement plus à risque de finir en travail forcé que les femmes et les filles. Ceci peut s’expliquer par le choix des enquêtes et l’accent particulier mis sur la servitude pour dettes. Des études précédentes du BIT ont démontré que c’est généralement l’homme à la tête du foyer qui emprunte de l’argent et met ainsi en gage sa force de travail. Ceci sous-entend souvent que toute la famille est considérée comme étant tenue en servitude.

Certaines études nationales ont montré que, selon le pays de destination, les hommes migrants se retrouvent plus souvent en situation de travail forcé que les femmes. D’autres études nationales ont montré que les ménages dirigés par des femmes célibataires sont plus à risque que les ménages dirigés par un homme. Donc, même si le sexe est un facteur important pour déterminer le risque de travail forcé, il dépend fortement du contexte et varie selon les pays, les secteurs et les formes de travail forcé.

Pour lire toute l'étude, télécharger le rapport de l'OIT

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