Femmes autochtones disparues : l'urgence d'agir contre la violence et l'impunité

La mise à jour du rapport Les femmes autochtones disparues et assassinées, rendue publique vendredi par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), ne contient aucun appel à la tenue d’une commission d’enquête consacrée à ce qui est un véritable drame.

Dans la foulée d’un premier rapport dévoilé l’an dernier (où l’on apprenait que, sur une période de trente ans, quelque 1200 femmes autochtones — le double du nombre attendu ! — avaient été tuées ou avaient disparu), on y fait plutôt valoir le travail avec les communautés, la collecte plus précise de données, le suivi plus serré des enquêtes policières.

Ces gestes, nécessaires, n’écartent pourtant en rien la pertinence d’avoir cette enquête publique et indépendante, dont le gouvernement conservateur ne veut pas entendre parler et qui est pourtant réclamée depuis des années par les plus hautes instances internationales et nationales, la plus récente étant la Commission de vérité et réconciliation.

Les femmes autochtones sont surreprésentées dans les dossiers d’homicides et de disparitions, et simplement laisser agir les policiers, comme le répète à tout vent le gouvernement Harper, signifie en fait que celui-ci s’en lave les mains alors qu’il est directement interpellé.

Ainsi, la GRC révélait vendredi que, dans 100 % des cas résolus d’homicides de femmes autochtones, l’agresseur était connu des victimes (contre 93 % pour les femmes non autochtones). La mise à jour propose donc un effort accru d’intervention en matière de violence conjugale ou familiale. Mais « connu »n’est pas synonyme de « conjoint », actuel ou passé. Il y a aussi un problème de prostitution dans ces réserves où tout le monde se connaît, résultat d’une pauvreté économique et sociale qui n’a rien à voir avec la violence conjugale. Que fait le fédéral, de qui dépendent les réserves, de ce concentré de misère qui tue ?

Quant à la violence conjugale ou familiale, l’affaire est bien plus complexe que ce qui se vit dans les milieux non autochtones. Le manque de logements est criant dans les réserves : une femme battue qui partirait de sa demeure n’aurait nulle part où aller, tous les logis autour étant surpeuplés et il lui serait impossible de se trouver un logement à elle. Sa seule option, c’est de quitter sa communauté, donc de se couper du soutien de son entourage. Or de qui dépend le logement ? D’Ottawa.

Une enquête permettrait de jeter un regard large sur tous ces enjeux. La mise à jour de la GRC est certes précieuse, ne serait-ce que parce qu’elle remet sous les projecteurs un dossier bien trop négligé. Mais elle est limitée, car elle ne fait pas de liens sociologiques entre les chiffres et la dynamique à l’oeuvre. Il est plus que temps de mieux savoir pour pouvoir mieux agir.

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