Isabelle Gaston débute son témoignage au deuxième procès de Guy Turcotte

«Tu veux la guerre, tu vas l’avoir!», aurait lancé Guy Turcotte à Isabelle Gaston, le jour même du meurtre de leurs deux enfants, a témoigné celle-ci lundi au second procès criminel de son ex-conjoint.

Isabelle Gaston a débuté son témoignage lundi après-midi au second procès de Guy Turcotte, accusé du meurtre prémédité de leurs deux enfants, et elle a relaté la journée qui a mené au drame. L’ex-cardiologue est accusé d’avoir tué en février 2009 ses deux enfants, Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans.

Mme Gaston a expliqué devant le juge et les 12 jurés comment leur relation s’était détériorée à partir de 2008. M. Turcotte a quitté la maison familiale le 26 janvier 2009 et s'est installé dans une maison louée à Piedmont. La garde partagée des enfants n'a pas causé de problèmes, selon Mme Gaston. Par contre, M. Turcotte se pointait à l'improviste à son ancien domicile, et il devenait furieux quand il y trouvait Martin Huot, ce qui serait arrivé deux fois, selon le récit de Mme Gaston. Elle a fini par faire changer les serrures, à l'insu de M. Turcotte.

Le 20 février 2009, Mme Gaston devait partir avec des amies dans Charlevoix pour faire du ski. Elle a parlé avec Guy Turcotte, car il voulait passer à son ancien domicile pour prendre des raquettes. Mme Gaston a été contrainte de lui dire qu'elle avait fait changer les serrures.

«Tu n'as pas le droit, c'est ma maison. Tu veux la guerre, tu vas l'avoir», a réagi M. Turcotte.

Isabelle Gaston est partie inquiète, le 20 février 2009. «J'avais tellement peur, en conduisant, j'ai annulé le compte conjoint et ma carte de crédit. Je me suis sentie menacée là-dedans. Je l'ai rappelé, ç'a raccroché, je l'ai rappelé, ç'a raccroché», a-t-elle dit. Elle a appelé six fois pour parler à M. Turcotte. Le jury sait qu'Olivier et Anne-Sophie ont été tués par leur père ce soir-là.

Par la bouche de ses avocats, l'ex-cardiologue a admis avoir causé la mort de ses deux enfants. Il a toutefois plaidé non coupable aux deux accusations de meurtre qui pèsent contre lui, ce qui a résulté en un verdict de non-culpabilité pour cause «d’aliénation mentale» rendu en sa faveur en juillet 2011. Il avait été remis en liberté à la fin de 2012, moins d'un an et demi après le jugement. Il s'était ensuite retrouvé en détention à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal, avant d'être à nouveau libéré sous conditions en septembre 2014, dans l'attente de son deuxième procès.

En effet, en novembre 2013, la Cour d’appel du Québec a infirmé ce verdict. Guy Turcotte doit donc subir un nouveau procès pour meurtre prémédité, même si, dans son jugement de 28 pages, la Cour d’appel reconnaît que le juge Marc David a eu raison d’invoquer la possibilité d’un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de trouble mental.

Pour en savoir plus sur la décision de la Cour d'appel, lire l’article de L’actualité du 13 novembre 2013.

Lire les articles récents du Journal Métro, du Devoir, de La Presse

Un témoignage déterminant

En entrevue avec Anne-Marie Dussault, l'avocat-criminaliste Jean-Claude Hébert affirme que le témoignage d'Isabelle Gaston est très important, en raison de l'accusation de meurtre au premier degré qui pèse sur Guy Turcotte.

L'avocat explique que la Couronne a le fardeau d'établir la préméditation du geste. « Tout le contexte qui a précédé le drame, qui a été un peu annonciateur de ce qui allait se passer devient pertinent », explique-t-il.

Selon Jean-Claude Hébert, il est tout à fait possible qu'un des objectifs de la poursuite soit d'essayer d'établir un « filet » de faits et circonstances qui soutient la thèse de la préméditation.

Lire l'article de Radio Canada

Une lutte juridique de longue haleine

Depuis le procès de son ex-conjoint, qui s’est soldé par un verdict de non-responsabilité criminelle en raison de troubles mentaux, en 2011, Isabelle Gaston réclame un meilleur encadrement des experts à la cour.

C’est le juge plutôt que les avocats qui devrait confier les mandats d’expertise aux psychiatres appelés à se prononcer lors d’un procès. Cette recommandation vient des psychiatres mêmes, inquiets du fait que leurs expertises soient devenues des «outils stratégiques» aux mains des avocats, qui ne retiennent que les expertises favorables à leur client. «Cela mine la confiance du public dans le système de justice, car il perçoit qu’il y a un marché de l’expertise», affirme la présidente de l’Association des médecins psychiatres du Québec, la Dre Karine Igartua.

Lire l'article de L'actualité du 7 février 2014

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