Marcel Aubut, un « Mononc’», vraiment ?

L'ex-président du Comité olympique canadien Marcel Aubut a été forcé de démissionner à la suite de plaintes pour harcèlement sexuel. Mais si plus du quart des Canadien-ne-s, surtout des femmes, affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel au travail, une minorité de victimes ont le courage de dénoncer leur harceleur.

Selon un sondage d'Angus Reid pancanadien mené auprès de 1500 travailleurs, trois fois plus de femmes (43 %) que d'hommes (12 %) disent avoir été harcelées. Au total, un million de Canadiens auraient été harcelés à un moment de leur carrière. Malgré tout, seulement 8 % des victimes de harcèlement sexuel ont eu le courage de dénoncer leur harceleur, selon le même sondage d'Angus Reid. Car les victimes ont peur des représailles, de perdre un emploi ou simplement de ne pas être crues.

L'attitude de Mononc'

Suite à la démission de Marcel Aubut, le chef de mission canadienne pour les Jeux olympiques de Rio en 2016, Jean-Luc Brassard a déclaré :  « C’est quelque chose d’avoir un " mononcle " qui fait des blagues parfois louches — je crois qu’il y en a un dans toutes les familles —, mais c’en est une autre d’avoir des accusations formelles de harcèlement. Il y a un monde entre ces deux réalités ».

Pour Yannick Barrette, doctorant à l’INRS et chroniqueur du Devoir, cette déclaration de Jean-Luc Brassard démontre tout le laxisme, voire toute la complaisance à l'égard de l'attitude machiste et de la violence sexuelle en milieu de travail.

«Des paroles qui insidieusement tentent de présenter l'attitude de Mononc' - vu qu'elle est (serait?) un standard familial et, par extension, sociétal - comme normale et justifiable... un peu comme si on souhaitait, de cette façon, la rationaliser... un peu comme si on s'efforçait d'en minimiser l'importance, ainsi que la portée réelle et ses conséquences.

En fait, ce que cette citation nous dit implicitement, c'est que les commentaires déplacés, tout comme les gestes inconvenants à l'égard des femmes, sont acceptables, du moins jusqu'à ce qu'une plainte «formelle» de harcèlement soit déposée. En gros, avant c'est correct, après non... Voilà une logique de normalisation hypocrite, qui cherche par tous les moyens à déculpabiliser l'offenseur.

L'affaire Aubut soulève d'excellentes interrogations quant au fonctionnement de notre société, notamment en ce qui a trait à l'enjeu du harcèlement sexuel, au thème de la violence psychologique et de la violence «genrée», à l'éthique et la morale, à la division sexuelle du travail, à la supériorité masculine dans les sphères décisionnelles, et bien d'autres.»

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Une façon de diminuer la gravité des faits

Les hommes qui ont des nièces et des neveux sont des mononc. Les hommes qui harcèlent, font des attouchements ou violent sont des harceleurs et des agresseurs.

C’est léger, mononc. C’est familier, ce n’est pas grave. Mononc, c’est la victime sympathique de notre époque où tout va trop vite et où, pouvez-vous croire ça, les femmes sont des personnes à part entière. Mononc, c’est «que voulez-vous, Marcel, y est de même». Ça donne le goût de leur trouver des excuses, comme une «truculence rabelaisienne» qu’on justifie d’un simple «Marcel, y aime les femmes».

Difficile de prendre les accusations contre un mononc au sérieux. On ne mettra pas Marcel à la porte parce qu’il est mononc, quand même!

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Aujourd’hui comme hier, peu importe la réaction de la victime, on la lui reprochera

La journaliste du Devoir Josée Boileau s’interroge : depuis 30 ans, à l’époque où le concept de harcèlement sexuel quittait les cercles féministes pour se répandre dans le public avant d’être inscrit dans les lois, qu’est-ce donc qui a changé ?

«Aujourd’hui comme hier, on dit donc aux femmes : « Prends sur toi », comme on l’a conseillé à une victime d’Aubut. Et de fait, elles prennent tout sur leurs épaules, essayant de trouver la solution qui leur permettra de sauver leur peau. Dans le meilleur des cas, la sororité est en marche, on se fait des mises en garde : méfie-toi de tel prof, tel entraîneur, tel patron. Dans sa version moderne, on s’envoie des courriels :« Attention les filles, Marcel arrive ! », comme cela se vivait au sein du comité organisateur des Jeux olympiques de Vancouver, racontait mardi le Globe and Mail au sujet de Marcel Aubut.

Mais parfois, le harceleur sévit à plus petite échelle, cible sa ou ses victimes, qui se retrouvent isolées. Que faire : se plaindre contre le grand homme, surtout s’il est admiré ? Opprobre, fin de carrière, incrédulité…, à vous de cocher la réponse. Dans la vraie vie, la femme va plutôt endurer en silence, tenter d’éviter le goujat ou avoir l’air au-dessus de ses farces plates. Le tout sur fond de malaise, peur, détresse. Une certitude : peu importe sa réaction, on la lui reprochera. Dans l’affaire Aubut, cela donne : pourquoi telle plaignante lui envoyait-elle des courriels se concluant par des gros becs, hein ? Et pourquoi pas de plainte formelle pour qu’« on » puisse sévir ?»

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Commission des normes du travail du Québec : Le harcèlement sexuel au travail

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