Montréal lance son Festival de films féministes

Près de 30 ans après Paris, la métropole rejoint le mouvement en privilégiant la carte inclusive.

Berlin et Dublin ont le leur depuis quatre ans. Londres a le sien depuis cinq ans. Quoi donc ? Un festival de films féministes ! Ayant présenté son documentaire Maman ? Non merci ! au London Feminist Film Festival et au Berlin Feminist Film Week, la blogueuse et cinéaste indépendante Magenta Baribeau s’est dit qu’il était grand temps que Montréal ait enfin le sien.

 « On accuse encore plus de retard avec Paris, dont le Festival international du film lesbien et féministe existe depuis 28 ans », constate la réalisatrice. « Depuis quatre ou cinq ans, c’est dans l’air du temps, un peu partout, autant en Suède qu’au Canada. Les bailleurs de fonds donnent de plus en plus de soutien aux femmes. Il est vrai que les femmes font beaucoup de pression pour cela. On va finir par faire une différence et se rapprocher de la parité, même si les prix et le financement reviennent plus souvent aux hommes qu’aux femmes. »

 Parlons-en, de la parité, pour laquelle se battent les Réalisatrices équitables depuis dix ans. Croit-elle qu’elle sera atteinte d’ici 2020 comme le souhaitent l’ONF, Téléfilm et la SODEC ? « C’est un pas dans la bonne direction, mais il faut tenir compte de la réalité ; on parle de collaboration entre hommes et femmes dans un système binaire, or certaines personnes sont ni un ni l'autre. Les programmes visent aussi les scénaristes, réalisatrices et productrices, mais on ne semble pas tenir compte des techniciennes », affirme Magenta Baribeau.

 Et Magenta créa le FFFM

 Secondée par Kristen Brown, Erica Leblanc, Marion Hubert et Ariane Caron-Lachance, Magenta Baribeau a souhaité mettre sur pied un festival de films féministes qui soit inclusif, contrairement à celui de Paris destiné exclusivement aux lesbiennes. C’est ainsi qu’hommes et femmes peuvent célébrer le féminisme sous toutes ses formes au Festival du film féministe de Montréal, dont la première édition se déroulera du 20 au 23 avril. La fondatrice du FFFM souligne que le festival fera la part belle aux femmes trans, aux femmes issues des communautés culturelles et aux femmes autochtones.

Si le féminisme et les féministes ont été passablement malmenés au cours des derniers mois, Magenta Baribeau assure que l’idée de son festival, auquel elle travaille depuis l’automne, a été très bien accueillie : « Je trouve cela aberrant quand je pense à ces trois blogueuses, Judith Lussier, Geneviève Pettersen et Marilyse Hamelin, qui ont abandonné leur tribune. Malgré la recrudescence du mouvement masculiniste, la plupart des gens accueillent bien les féministes. »

 Ce fut notamment le cas de GIV (Groupe intervention vidéo) qui a offert au FFFM des salles gratuites pour les projections de courts-métrages et les ateliers de cinéma : « Le féminisme fait de grandes avancées, notamment depuis le mouvement des agressions non dénoncées. On a été accueillies à bras ouverts. En novembre ou décembre, on a créé une page Facebook sans faire de pub, en peu de temps on a récolté 1800 likes. »

 Tous féminismes unis

 Organisé à la dernière minute, c’est-à-dire trop tard pour obtenir quelconque subventions et visionner des longs métrages, cette première édition ne présentera que des courts-métrages, soit 24 films en provenance de 11 pays, parmi lesquels l’Iran, l’Irak, la Serbie, le Pérou, le Brésil, l’Allemagne et l’Angleterre.

 « Nous voulons offrir des points de vue divers, différents féminismes. Parmi nos films, il y a celui d’un homme cisgenre irakien. Les films sélectionnés ne sont pas que dénonciateurs ou revendicateurs, ils offrent aussi une image positive du féminisme. Nous souhaitons que le festival revienne l’an prochain avec du soutien financier et des longs métrages parce qu’il nous faut ce festival ! » clame Magenta Baribeau.

Paru sur Le Devoir

Crédits photo: Pedro Ruiz Le Devoir

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