Péril en la demeure

Chaque année, la Journée internationale pour les droits des femmes rappelle les injustices et les inégalités dont sont victimes celles qui composent la moitié de l’humanité, tout comme le manque de ressources pour leur venir en aide.

Elle témoigne aussi du silence assourdissant entourant la violence faite aux femmes et les mauvaises conditions de vie de nombre d’entre elles.

À cet égard, les données de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, qui regroupe 36 maisons dans la province, et du Regroupement des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, qui en compte 42, sont affligeantes.

À elle seule, la Fédération, qui accueille des femmes itinérantes, des femmes victimes de violence conjugale, d’exploitation sexuelle ou encore menacées d’un mariage forcé, dit avoir refusé l’an dernier 9800 demandes d’hébergement faute de places suffisantes et de budget.

Le Regroupement, qui reçoit des femmes victimes de violence conjugale, fait état de 1546 femmes et de 1065 enfants refusés en 2015-2016.

Mais, selon Céline Kenyon, directrice de l’Escale de l’Estrie, le nombre total de refus d’hébergement en raison d’un manque de places serait en moyenne de 18 880 par année sur cinq ans au Québec.

Uniquement à l’Escale de l’Estrie, située à Sherbrooke, il y a eu 172 refus en 2017-2018 et 206 en 2018-2019, une hausse de 20 %, faute de place.

À Weedon, la maison La Méridienne a dû refuser 36 femmes et 15 enfants en 2017-2018, selon les données du Regroupement.

Comment expliquer pareille situation?

« Seulement à l’Escale de l’Estrie, au cours des deux dernières années, nous pouvons confirmer que la situation s’est aggravée à la suite d’une plus grande exposition de la problématique (mouvement #Moiaussi, l’affaire Rozon, Ingrid Falaise, etc.) et de notre campagne locale (« Pour que ça change ») », indique Mme Kenyon.

 « Je déplore qu’à Sherbrooke et dans les MRC autour il manque de résidences pour les femmes en difficulté! » lance-t-elle, soulignant que cela inclut non seulement les femmes victimes de violence conjugale, mais également celles aux prises avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et d’itinérance.

Évidemment, lorsqu’une femme se voit refuser un hébergement, on tente de la référer à d’autres ressources ou, à tout le moins, de lui offrir des services externes sans hébergement.

Toutefois, nombre de femmes doivent retourner dans leur milieu de violence, à leurs risques et périls.

Les données de la Sécurité publique du Québec au sujet des infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal sont éloquentes : on a enregistré 19 406 cas en 2015 (dernières données disponibles), dont plus de la moitié sont des voies de fait, suivies des menaces et du harcèlement criminel.

Dans 78 % des cas, les victimes sont des femmes. 

Plus grave encore, on a recensé 11 homicides et 36 tentatives de meurtre en milieu conjugal en 2015, dont les victimes sont majoritairement des femmes.

En 2015, 3870 agressions sexuelles ont été rapportées aux corps policiers, mais, selon le Regroupement québécois des CALACS, seulement 5 à 10 % de ces crimes seraient signalés aux policiers. 

Il est plutôt stupéfiant que ces données ne fassent pas les manchettes plus souvent et n’incitent pas le gouvernement québécois à augmenter les ressources pour la prévention et l’hébergement des femmes en difficulté. 

La Fédération et le Regroupement veulent rencontrer la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, pour la sensibiliser à cette situation et demander davantage de financement.

Il est évident que la situation actuelle ne peut durer.

Le gouvernement du Québec doit impérativement aider ces milliers de femmes et d’enfants qui n’ont pas accès à ces services de dernier recours.

Éditorial de Denis Dufresne paru dans La Tribune

 

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