Volonté politique recherchée

La triple onde de choc provoquée par les « affaires » Weinstein, Salvail et Rozon marquera-t-elle le début d’une nouvelle ère ? Cessera-t-on enfin de balayer sous le tapis les agressions et le harcèlement sexuel ?

Selon certains, nous serions même à l’aube d’une véritable « révolution ». Les femmes, soit la vaste majorité des victimes, ne craindraient plus de dénoncer. Les hommes, incluant ceux qui sont victimes, seraient en voie d’apprendre eux-mêmes à le faire. Quant aux agresseurs, les dénonciations qui se multiplient finiraient par les dissuader.

Comme on aimerait croire à cette « révolution » imminente dans les rapports hommes-femmes. Comme on aimerait penser que sous toutes leurs formes, les abus de pouvoir exercés par certains hommes en situation d’autorité seront bientôt chose du passé.

Or, quand il s’agit d’un changement majeur de culture, les « révolutions » sont rarement instantanées. La parole de plus en plus libérée des femmes ouvre certes le chemin. Quel que soit le milieu où ils s’exercent, pour que les rapports de domination s’estompent, il faudra cependant que la volonté politique suive et agisse.

Boîte de Pandore

Chaque scandale d’agression ou de harcèlement ouvre la même immense boîte de Pandore. Remplie d’immondices qui persistent, on y trouve aussi, entre autres, la violence conjugale, physique, verbale et/ou sexuelle.

C’est précisément parce que cette boîte de Pandore n’a pas de fond que la volonté politique d’agir est impérative. Eh oui, malgré même les avancées des dernières décennies en matière d’égalité hommes-femmes.

Hélène David, nouvelle ministre de la Condition féminine, semble déterminée à faire ce qu’elle peut au sein d’un gouvernement autrement insensible aux questions de nature, disons, plus sociale. Chez Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation, le flou qu’il entretient sur la question cruciale des cours d’éducation à la sexualité est plus inquiétant.

De nombreuses voix, dont celles de la députée solidaire Manon Massé et de la sexologue Jocelyne Robert, s’élèvent pourtant depuis des années pour réclamer le retour dans nos écoles de vrais cours obligatoires de sexualité.

Rapports plus sains

À l’ère de la porno omniprésente comme « prof substitut », miser sur des cours d’éducation sexuelle pour enseigner aux jeunes l’importance de rapports plus sains, respectueux et égalitaires est d’une urgence qui crève les yeux.

Quand on sait également que les femmes de moins de 30 ans forment près du tiers de la clientèle des maisons d’hébergement pour femmes — et que cette proportion augmente —, qu’attend-on pour agir en amont sur les bancs d’école ? En aval, après des années d’austérité, on sait aussi que la situation commande des ressources nettement supérieures pour le soutien aux victimes.

Pour l’éducation à la sexualité, le ministre Proulx se contente toutefois de « projets pilotes » en pièces détachées et non obligatoires. C’est d’une mollesse désespérante.

Il faut croire que le gouvernement, au lieu d’agir là où ça compte vraiment pour l’avenir, préfère se draper faussement dans la vertu de l’égalité hommes-femmes en s’apprêtant à chasser des autobus de Montréal les très rares femmes voilées d’un niqab ou d’une burqa.

Chronique de Josée Legault dans le Journal de Montréal 

photo : Pierre-Paul Poulin

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