IVONNE HERNANDEZ : Statut d'immigration précaire et revictimisation des femmes violentées

Montréal, le lundi 3 février 2014 - Ce matin, plusieurs organisations de défense des droits et des dizaines de personnes se sont rassemblées pour dénoncer la déportation de Madame Ivonne Hernandez, prévue le 7 février prochain, qui aurait pour conséquence de la séparer de son jeune fils âgé d’à peine un an.

Mme Hernandez, ressortissante mexicaine victime de violence conjugale de la part de son ex-conjoint canadien, le père de son enfant, souhaitait lancer un cri d’alarme auprès des autorités fédérales afin qu’elles empêchent cette injustice.

Rappelons que Mme Hernandez a présenté une demande d’asile en 2009 à son arrivée au Canada, alors qu’elle fuyait la violence de son conjoint policier au Mexique. Cette demande a été rejetée en octobre 2011 ; en juillet 2012, elle a reçu un ordre de renvoi. Depuis, elle est sans statut et fait maintenant face à la déportation.

Comme nombre de femmes ayant un statut d’immigration précaire et vivant de la violence conjugale, Madame Hernandez était sous l’emprise de son conjoint qui lui promettait, d’une part, de la parrainer afin de régulariser sa situation et, d’autre part, la menaçait de la faire déporter si elle n’obtempérait à toutes ses demandes et tentait de s’affranchir de ce contexte de violence.

Le 11 décembre 2013, malgré un risque très réel d’être revictimisée par les autorités, le système sociojudiciaire et son conjoint en raison de son statut d’immigration précaire, elle a eu le courage de fuir, avec son fils, pour trouver refuge dans une maison d’hébergement pour femmes, membre notre Fédération. Son conjoint l’a alors promptement dénoncée auprès des autorités, ce qui lui a fait perdre la garde de son enfant.  

En effet, dans un jugement rendu le 10 janvier 2014, un juge a accordé la garde de l’enfant au père, apparemment en citant le statut d'immigration précaire de Madame Hernandez, alors que cette dernière était pourtant en sécurité dans une maison d’hébergement pour femme victime de violence conjugale et leurs enfants.

Mme Hernandez a été arrêtée le 22 janvier lors d’une intervention impliquant la police et les autorités frontalières. Après quelques jours de détention, Madame a été relâchée, mais seulement pour se faire imposer un ordre de déportation qui la séparera de son fils et le laissera entre les mains de son ex-conjoint violent.

Rappelons que la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) de l’ONU stipule que l’intérêt supérieur de l’enfant, et son droit à une vie familiale normale, doit primer sur toute autre considération. Lors de son passage en maison d’hébergement, il a été constaté que Mme Hernandez est une mère aimante et attentive au bien-être de son enfant.

De plus, en vertu des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, et qui plus est de la Politique québécoise d’intervention en matière de violence conjugale qui affirme clairement dans ses principes directeurs le droit à la sécurité et à la protection des victimes, femmes et enfants, Mme Hernandez doit être protégée au même titre que toute femme victime de violence conjugale au Québec et au Canada.

Les ministres fédéraux de l’Immigration et de la Sécurité publique, messieurs Chris Alexander et Steven Blaney, ont le pouvoir discrétionnaire – mais surtout l’obligation en vertu des conventions internationales - d’intervenir dans le dossier afin de stopper sa déportation et de régulariser son statut d’immigration.

Face à cette situation critique pour la vie et la sécurité de Madame Hernandez et de son fils, un citoyen canadien, et au nom du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, nous estimons que les ministres Alexander et Blaney devraient rendre une décision à l’effet de ne pas déporter Madame Ivonne Hernandez et de lui accorder la protection du Canada DÈS MAINTENANT !

Nous tenons à remercier l’ensemble des organisations et des personnes qui ont, à ce jour, supporté la cause de Mme Hernandez et pris la peine d’écrire des lettres et d’envoyer des fax. Cette mobilisation est très importante pour elle et pour nous. Il n’est pas trop tard pour vous mobiliser en sa faveur en manifestant votre indignation et en dénonçant la situation auprès des ministres Alexander et Blaney.

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Francine BlackBurn
Conseillère, Relations de presse
Mouvement Desjardins
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